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SÉANCES DU JEUDI 26 JUIN 1997 |
VERGADERINGEN VAN DONDERDAG 26 JUNI 1997 |
M. le président se lève et prononce les paroles suivantes que l'assemblée écoute debout : Chers collègues, le Sénat célèbre en ce jour la mémoire du ministre d'État Robert Henrion qui s'est éteint jeudi dernier à l'âge de 81 ans. Ceux de nos collègues qui l'ont connu se rappelleront sans aucun doute le sénateur éminent qu'il fut.
Selon l'expression consacrée, Robert Henrion eut une vie bien remplie : sa capacité à assumer de front les plus hautes responsabilités dans tous les domaines où il s'engagea, fit incontestablement de lui un grand homme. Il connut une carrière académique brillante, qu'il sut combiner avec l'exercice de fonctions dirigeantes dans d'importantes entreprises de notre pays. En même temps, il occupa les plus hautes charges au sein de notre État.
Né à Namur le 23 juillet 1915, Robert Henrion entreprend ses études de droit à l'Université libre de Bruxelles, où il obtient le grade de docteur en droit en 1938.
L'année suivante, il épouse Marie-Louise Ernst et, de leur union, naissent quatre enfants.
Il s'inscrit tout d'abord comme avocat au barreau de Bruxelles et effectue son stage auprès du bâtonnier René Marcq.
C'est aussi à l'U.L.B. qu'il fera sa carrière académique. Après la guerre, Robert Henrion devient assistant à la Faculté de Droit, puis professeur douze ans plus tard. Auteur d'une longue liste de publications scientifiques, il enseigne notamment l'économie politique, les sciences administratives et le droit comparé. Il collabore avec Max Frank et Henri Simonet. Durant deux années, il est également titulaire de la chaire Francqui à l'U.C.L.
Parallèlement à sa carrière universitaire, Robert Henrion devient une des figures de proue de la haute finance.
C'est ainsi qu'il est attaché, à partir de 1946, à la Banque de la Société générale de Belgique, où il fait une ascension rapide. Il accède même au sommet de celle-ci. En 1969, il est président du comité de direction et, deux ans plus tard, président du conseil d'administration de la Société générale de Banque.
Il est encore administrateur ou président de nombreuses entreprises et holdings de premier plan.
Sur la scène politique, Robert Henrion entre par la grande porte. Sans avoir jamais exercé aucun mandat public, il est appelé en 1966 dans le gouvernement Vanden Boeynants-De Clercq, pour prendre en charge les Finances. L'action de ce gouvernement, qui se consacre en priorité aux problèmes économiques, relève en grande partie de sa responsabilité. C'est ainsi qu'il prend part à l'élaboration de la deuxième loi d'expansion économique. Il détiendra ce même portefeuille une seconde fois en 1980 au sein du gouvernement Martens III. Après la chute du gouvernement Vanden Boeynants-De Clercq, il refuse le mandat de sénateur coopté et se retire de la scène politique pendant quelques années, pour se consacrer à nouveau à sa charge professorale et reprendre ses activités dans le monde des affaires.
Ce n'est qu'en 1976 que Robert Henrion renoue avec la vie politique. Avec notamment Jean Rey, il établit les fondements du renouveau du parti libéral.
L'année suivante, le Roi le nomme ministre d'État.
Début 1979, il entame sa carrière parlementaire, d'abord dans notre assemblée, en qualité de sénateur coopté, puis à la Chambre, où il devient chef de groupe. En 1985, il revient au Sénat où il est appelé à la vice-présidence.
En 1991, il quitte le Parlement, ce qui ne marque pas la fin de sa carrière. En effet, durant deux ans, il présidera la Commission d'évaluation des actifs de l'État.
Un jour, Robert Henrion a confié que, parmi les compositeurs, c'est pour Bach qu'il avait le plus de prédilection. De fait, de même que le cantor de Leipzig avait conçu la musique comme un service, le ministre d'État considérait comme tel l'art de gouverner, lui qui était entré en politique à l'âge où beaucoup jouissent déjà de la retraite.
En lui, le Parlement avait reconnu son « Nestor », un sage dont il écoutait religieusement les interventions. Le Parlement peut-il l'oublier lorsqu'il l'entend encore, à la Chambre, lors d'un retentissant fait personnel, marteler que « la démocratie est une chose fragile » ? Et il le revoit à notre tribune interpeller malicieusement le Premier ministre Martens sur la création, à côté de la catégorie des « lois oubliées », d'une nouvelle catégorie, celle des « lois évanescentes ».
Versé dans l'art de la politique, il l'était aussi dans l'art de la rhétorique : son éloquence limpide et concise, mais parfois cinglante dans les ripostes, n'était-elle pas tributaire du sport de l'escrime, auquel, me semble-t-il, peu de parlementaires se livrent aujourd'hui et dans lequel lui-même excella, jusqu'à conquérir, à deux reprises, le titre de champion de Belgique ? Et s'il arrivait à l'orateur d'attaquer, ce n'était pas pour blesser son adversaire, ni a fortiori pour donner l'estocade, car il était un véritable gentleman.
Sa courtoisie était exquise et son humour, fin. Il était donc normal qu'il s'attire des sympathies sur tous les bancs et dans les milieux les plus divers.
Rien d'étonnant non plus que l'expression « austère devoir » fut d'un Robert Henrion. Il avait de fait un sens profond du devoir, du sien, de celui des hommes politiques et des citoyens.
N'attachait-il d'ailleurs pas une grande importance à la déontologie, la « science des devoirs », qu'il enseigna à l'Université pendant des lustres aux futurs économistes et banquiers ?
Il était un modéré. « Le libéral est par essence un modéré », déclarait-il. « Sa conviction doit être vécue comme un comportement fait d'ouverture, de tolérance, d'humilité intellectuelle. Et aussi d'un zeste d'humour. »
C'est un grand vice-président du Sénat que nous perdons. Durant près de six ans, il était en effet toujours disponible pour son assemblée. Combien de fois après que Robert Henrion eut levé la séance du soir, notre greffier n'a-t-il pas dû longuement insister pour le persuader de ne pas rentrer chez lui par les transports en commun ?
Car il était humble, modeste. Selon la définition de La Bruyère, « La modestie est au mérite ce que les ombres sont aux figures dans un tableau : elle lui donne de la force et du relief. »
La Belgique se souviendra de cet homme d'État à la fois distingué et simple, savant et clair, rigoureux et dévoué, dont la vie fut comme une cantate de Jean-Sébastien Bach, pleine d'équilibre.
À son épouse, sa chère compagne depuis son entrée à l'université, à tous les siens, la Haute Assemblée présente ses condoléances les plus émues.
La parole est au Premier ministre.
M. Dehaene, Premier ministre. Monsieur le président, je tiens à m'associer à l'hommage que vous avez rendu à la mémoire du ministre d'État Robert Henrion. Le défunt avait des qualités qui en faisaient un homme hors du commun : la droiture, la loyauté, la courtoisie. Il avait un sens élevé du devoir, de l'honneur et de l'État.
On peut dire que les quatre communications faites à l'Académie royale de Belgique furent prémonitoires. Elles s'intitulaient : « Réflexions sur la responsabilité ministérielle », « Peut-on juger les juges ? », « Enquêtes parlementaires et démocratie » et « Les déontologies ». Cette dernière était prête il y a deux ans, mais la maladie l'a empêché de la prononcer.
Minister van Staat, Robert Henrion, was een eminent en hoffelijk persoon. Hij was een rechtlijnig man, die de moed had voor zijn overtuiging uit te komen. In 1993 nog hij was toen reeds 78 jaar heeft hij het voorzitterschap voor de evaluatie van de activa van het Rijk aanvaard. Ook daar heeft hij de Staat en de regering grote diensten bewezen.
Il a enrichi la Chambre des représentants et le Sénat des clartés de son intelligence, de la rigueur de ses analyses et de la pertinence de ses observations. Il en fit tout autant à la tête du ministère des Finances.
Au nom du gouvernement, je présente mes sincères condoléances à Mme Henrion, à sa famille et à ses amis. (L'assemblée se recueille quelques instants.)