1-118

1-118

Sénat de Belgique

Belgische Senaat

Annales parlementaires

Parlementaire handelingen

SÉANCES DU JEUDI 19 JUIN 1997

VERGADERINGEN VAN DONDERDAG 19 JUNI 1997

(Vervolg-Suite)

HOMMAGE À LA MÉMOIRE DE

M. EDMOND LEBURTON, MINISTRE D'ÉTAT

HULDE AAN DE NAGEDACHTENIS VAN DE HEER

EDMOND LEBURTON, MINISTER VAN STAAT

M. le président se lève et prononce les paroles suivantes que l'assemblée écoute debout: Chers collègues, c'est un homme d'État qui a profondément influencé la vie politique et sociale de la Belgique que nous venons de perdre.

Edmond Leburton a mené une carrière exceptionnelle. En effet, il a exercé les plus hautes fonctions: celle de président d'assemblée, celle de Premier ministre, celle de président de parti et celle de président d'une grande mutualité.

Son empreinte sur le déroulement des événements a été à la fois forte et d'une durée exceptionnelle.

Il est né en avril 1915, à Lantremange, qui se situe dans cette Hesbaye ondoyante, dont les habitants ont la réputation d'être tenaces, têtus, opiniâtres, tout en ne manquant pas de subtilité.

Son père, employé de banque et lui aussi Hesbignon, avait choisi une épouse d'origine tongroise. C'est sans doute une des premières raisons pour lesquelles Edmond Leburton s'est targué d'être un « vrai Belge ».

Sa formation se passera à Liège. Après des humanités gréco-latines à l'athénée royal, il obtient, en 1937, une licence en sciences politiques et sociales à l'Université de Liège. Jamais, cependant, on ne lui connaîtra de chauvinisme principautaire. Par contre, ses convictions socialistes naissent tôt, puisque, adolescent, il milite dans les Jeunes Gardes socialistes, dans une période de montée du fascisme.

Devenu d'abord fonctionnaire au ministère du Travail, il s'engage dans la Résistance, où il deviendra commandant de secteur de l'armée secrète et agent des services de renseignements et d'action.

À la Libération, il est désigné comme chef de cabinet de Léon-Eli Troclet, ministre du Travail et de la Prévoyance sociale. Il avait précédemment été collaborateur d'Achille Delattre et d'Achille Van Acker. Il a pu ainsi collaborer à la mise au point des grands principes de la sécurité sociale.

En février 1946, Edmond Leburton est élu député de l'arrondissement de Huy-Waremme. Il restera parlementaire, sans interruption, jusqu'en 1981.

Il devient ministre, pour la première fois, en 1954 dans le gouvernement Van Acker IV. Il lui est confié le département de la Santé publique, qu'il gérera jusqu'en 1958.

Après les grandes grèves de 1960-1961, il reprend place dans le gouvernement Lefèvre-Spaak, en qualité de ministre de la Prévoyance sociale. Il élabore la loi sur l'assurance maladie, qui amènera de nombreux médecins à pratiquer la grève des soins, événement sans précédent à l'époque.

Dans le gouvernement Harmel-Spinoy, en 1965, il assure la coordination de la politique d'infrastructure.

C'est en janvier 1969 qu'il succède aux Affaires économiques à Joseph Merlot, tragiquement décédé. À ce département, il aura, comme à son habitude, une influence prépondérante, puisqu'il mettra en place la loi du 30 décembre 1970 d'expansion économique, laquelle porte son nom.

De 1971 à 1973, il exerce alors les fonctions de coprésident du parti socialiste.

En janvier 1973, il dirige, en qualité de Premier ministre, le gouvernement tripartite Leburton-Tindemans-De Clercq. Pour la première fois, un socialiste wallon devient chef de gouvernement.

De 1977 à 1979, Edmond Leburton assume la présidence de la Chambre des représentants.

Sa Majesté le Roi a estimé alors que ses mérites le portaient à la dignité de ministre d'État.

Voilà résumés les grandes lignes et les moments forts de sa carrière politique nationale.

Toutefois, Edmond Leburton, homme d'une énergie infatigable, a assumé d'autres fonctions importantes dans lesquelles sa personnalité marquante s'est également affirmée.

Sa carrière communale, à la ville de Waremme, est tout aussi exemplaire.

Il est, en effet, resté bourgmestre pendant 40 ans, de 1947 à 1987.

On lui doit un essor économique de la ville. Il a également fait preuve, dans ce domaine, de ses qualités de gestionnaire. Une de ses principales préoccupations consistait dans la lutte contre le chômage et dans la promotion de ses administrés.

La troisième grande activité d'Edmond Leburton a consisté dans la direction de l'Union nationale des mutualités socialistes, dont il fut président de 1959 à 1985.

Une des caractéristiques essentielles de cet homme hors du commun tenait à son souci d'assurer et d'augmenter la protection sociale des citoyens.

À ce propos, il ne faut pas non plus ignorer son activité parlementaire.

Citons, notamment, ses propositions de loi organisant l'inspection médicale scolaire, celle relative aux spécialités pharmaceutiques, celle sur le statut des indépendants.

Plusieurs des propositions qu'il déposa ont d'ailleurs abouti et sont devenues des textes législatifs: lois sur l'assistance publique, sur les accidents du travail, sur la création d'un Conseil national de la coopération, sur la création d'un Institut des réviseurs d'entreprises.

Cette liste incomplète montre qu'Edmond Leburton, dans ses convictions profondes, était un socialiste principalement préoccupé par l'augmentation du bien-être de la population, que ce soit dans le domaine social ou dans le domaine économique.

Il a eu la chance, grâce à son opiniâtreté, de transformer souvent ses désirs en réalités, privilège qui n'appartient qu'à peu de personnes.

Sa vie a été remplie à la fois de projets et d'actions, comme peu d'existences ont pu l'être.

Il s'est aussi révélé un ardent défenseur de la démocratie par les efforts qu'il a toujours déployés pour concilier les points de vue opposés.

Ses discours, qu'il les ait prononcés comme ministre ou à d'autres titres, témoignent de sa modération et de sa volonté de négociation.

Au nom du Sénat et en mon nom personnel, je m'associe à la tristesse de sa famille pour la perte d'un mari et la perte d'un père hors du commun. Et je présente à ses proches nos plus vives condoléances.

La parole est au Premier ministre.

M. Dehaene, Premier ministre. ­ Monsieur le président, je tiens à m'associer à l'hommage que vous venez de rendre à la mémoire du ministre d'État Edmond Leburton, ancien Premier ministre.

Sa carrière a été placée sons le signe de la fidélité à son idéal et à ses convictions profondes. Il était fier de ce que son destin l'ait conduit à être Premier ministre, car il aimait son pays.

Hij was een eminent en beminnelijk persoon. In welke functie ook, steeds stond hij zijn beste krachten ten dienste van het land, waarbij zijn grote verdraagzaamheid en ruimdenkendheid bij eenieder opviel.

Le ministre d'État Edmond Leburton était un homme qui avait un sens élevé de l'État et une sollicitude de chaque instant pour ses concitoyens. Il laisse le souvenir d'une personnalité particulièrement attachante.

Au nom du gouvernement, je présente mes sincères condoléances à Mme Leburton et à sa famille. (L'assemblée se recueille quelques instants.)